20. nov., 2016

"Le Parc" de Olivier CHAPUIS (CH)

Sa forme singulière en fait son originalité !

L’agent de police Baumann, Le fraudeur Loïc Menetrey, Sa petite amie Sabrina, Le jeune Sam, Son père Michel Auberson, il n’y en a pas un qui soit moins important que l’autre. Chacun a, d’une certaine manière, joué un « rôle » indirectement ou non, dans les dernières heures de la vie de Cédric Vallotton.

Attaché commercial, écolo à ses heures perdues, admiré par son épouse et père de trois enfants, il n’est pas moins à l’effigie de l’homme parfait...ou presque. Un matin, alors qu’un rendez-vous clientèle l’attend en ville de Lausanne, il préfère partir à pied que de prendre sa voiture. Une sonnerie retentit, un retard de rendez-vous, un vide de temps à combler, tout cela comme une réponse donnée, à un besoin révélé quelques minutes plus tôt.

« [...] il regarda sa montre. Il avait rendez-vous cinq minutes plus tard. Pour la première fois depuis longtemps, depuis le début de sa vie professionnelle sans doute, il n’avait pas envie de se rendre chez son client. Il aurait aimé s’asseoir dans un bistrot, commander une bière et la savourer gorgée par gorgée, lentement, comme s’il s’agissait de la dernière. » - p. 20

Longeant la zone nord du parc de Mon Repos, Cédric va se trouver devant un choix. Entrer dans l’antre d’un artiste peintre ou continuer sa quête, pour s’arrêter au premier bar venu, afin de « s’abrutir » une fois de plus devant « les pages bâclées d’un quotidien gratuit ». Pour une fois ses habitudes n’ont pas cours, il fait volte-face, traverse la rue et frappa à la tanière de l’agité du pinceau, l’ancienne orangerie.

Est-ce que Cédric aurait pris cette décision s’il avait su ce qui allait se produire ? Est-ce-que cela aurait changé quelque chose s’il avait gardé ses habitudes ? Destinée ou concours de circonstances ? Jamais personne ne le saura, mais Gayle Forman, auteure et journaliste américaine a dit : « Dans la vie il faut parfois faire des choix, et parfois ce sont les choix qui te font. »

A sa sortie, Cédric reprend le chemin du Parc. Cet endroit aux effluves romantiques, témoins des premiers émois pour sa femme. Cet endroit où aujourd'hui, pour une raison qu’il ignore, un souvenir d’antan vient le hanter, comme un couperet prêt à fendre.

« C’est alors qu’ils entendirent clairement un coup de feu claquer dans l’air, à moins de cent mètres, un coup de feu qui figea les trois hommes et le couple de géants dans une posture de statues de sel, tandis qu’entre les arbres s’envolaient quelques oiseaux affolés. » - p. 40

Dans ce roman, l’auteur n’a de cesse de tenir son premier rôle, celui de narrateur. Au fil des chapitres, acte après acte, il déroule les événements sous forme d’analepses, modifiant uniquement l’angle de vision. Comme un puzzle, chacun des récits apporte un élément supplémentaire à l’histoire principale. Maîtrisant parfaitement son sujet, il ressert les étaux, tour après tour, réduisant ainsi la distance qui nous sépare de l’intrigue. Il nous entraîne où il veut, nous manipulant telle un fantoche dans les mains de son marionnettiste.

Mais cet écart « imposé » au lecteur par un schéma narratif et un style original est aussi le talon d’achille de l’oeuvre. A tort ou à raison, j’attends des séries noires qu'elles me fassent ressentir tout un ensemble d’émotions. La curiosité, la suspicion, l’inquiétude, l’angoisse, la colère, le dégoût, le suspense et cetera. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. Il me manque cette relation plus approfondie avec le personnage principal afin d’éviter un sentiment corrélatif à un fait divers. A regrets, je ne peux qu’aimer moyennement ce roman, préférant de surcroît « Nage Libre » paru cette année aux éditions Encre Fraîche.

 


L’auteur

Né au siècle passé, un dimanche de Pâques, Olivier Chapuis triture et malaxe les mots pour en extraire un jus qu’il espère goûteux. Le désir d’écrire, il l’éprouve enfant déjà, lorsqu’il se met à écrire d’absurdes histoires de planètes inconnues peuplées d’êtres hybrides forcément hargneux. Plus tard, il se contente de la terre et de ses habitants, souvent hybrides et parfois hargneux, mais source intarissable d’inspiration.

Bibliographie

Fragments, recueil de nouvelles version papier, Les Éditions de Londres, 2016

Nage Libre, roman, Encre Fraîche, 2016

Le Parc, roman, BSN Press, 2015.

Insoumission, roman numérique, Les Éditions de Londres, 2015.

Fragments, recueil de nouvelles numérique, Les Éditions de Londres, 2013.

Extrait audio sur Youtube « Au Naturel » - de « Fragments » : Vidéothèque

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