7. juin, 2020

"L'Alpage abandonné" de Hélène Hämmerli-Schönenberg (CH)

« A l’évidence, le ciel n’est pas partout pareil… »

Plongez quelques heures dans un espace-temps inhabituel, empreint de simplicité, d’authenticité et de pudeur. Cette histoire a été écrit il y a une quarantaine d’année par une auteure suisse inconnue du grand public et jamais éditée, Hélène Hämmerli-Schönenberg.

C’est dans le décor magnifique, mais néanmoins austère, des Alpes Valaisannes que l’auteure nous révèle le jeu imperceptible de destinées croisées. Mélangeant les procédés littéraires avec soins, narratrice omnisciente, elle souffle dans ce livre l’humeur du passé. L’ambiance particulière de ces films en noir et blanc ou de ces vieux livres dont l’odeur oxydée des pages reflète le temps qui passe. Colleen McCullough, écrivaine australienne, a écrit à la même période « Les oiseaux se cachent pour mourir ». Même si ce roman me semble trop longuet et détaillé, j’y retrouve cependant cette singulière humeur, rare dans la littérature contemporaine.

Dans son ouvrage, Hélène nous raconte l’insolite rencontre, dans un alpage abandonné, de deux être écorchés par la vie fuyant les affres de leur passé. Dans ces contrées, la vie rudimentaire impose un retour à l’essentiel. Un naufrage salvateur pour chacun, qui fait de cette histoire une romance pleine de grâce, de valeurs et d’altruisme.

« Sans faire aucun bruit, elle referma la porte sur ses illusions mortes. […] Un premier grondement de tonner la surprit et l’incita enfin à s’arrêter. Son regard interrogea le ciel dangereusement noir et les monts, hostiles peut-être, mais étrangement complices de son état d’âme. Elle se sentie indéniablement seule, selon son désir, dans une immensité pleine de mystères, de dangers pour les non-initiés. Un bref instant, elle lutta contre l’envie de s’asseoir là, sur le sentier, de laisser faire les événements […] Non, il fallait continuer, aller très haut et chercher un endroit propice à se cacher puis à en finir vite. » - p. 7-9-10

Nourrissant le désir d’étudier pour parfaire son goût de l’écriture, Hélène n’a pas eu la chance de pouvoir s’y consacrer. Soumise, comme chaque être, à sa propre destinée, elle chérira la littérature tout au long de sa vie, s’affirmant par quelques poèmes épars, et gardant dans l’ombre cette plume, seul indice d’un désir passé. 

« Si dans un cœur s’installe la peine, non la haine, si la foi en maintient une petite porte ouverte à autrui, rien n’est impossible. Que l’homme sache encore s’arrêter au bord du chemin, poser sur un enfant, une fleur, un chien fidèle, son regard ouvert et ravi, rien n’est jamais perdu. Qu’il reste sensible à la peine mais aussi à la joie d’autrui, alors, à n’importe quel moment, dans l’obscurité la plus profonde, peut se lever une aube nouvelle. » - p.126

En hommage à cette femme de 89 ans et à son amour pour la littérature qui nous unit, je pose ces quelques mots discrètement, laissant ainsi sur la toile du monde son empreinte pleine de sensibilité.  

« L’Alpage abandonné » a été autopublié en quelque centaine d'exemplaires en 1987 dans le Jura Bernois. Il s’agit de l’unique roman écrit par Hélène Hämmerli-Schönenberg.

 

« Attends ! Je vais marcher à travers les grands bois,

Voir jouer le soleil et les ombres mouvantes

Sans percer le mystère de mille voix

Qui disent aux rameaux mille choses troublantes »

 - Hélène Hämmerli-Schönenberg

 

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