SA 12 et DI 13 - Un petit coin de paradis

Ce matin, notre ami Philippe est à l’honneur. Chaque samedi, lui et ses amis se retrouvent pour jouer au football durant une heure trente. Non pas sur un terrain gazonné mais en rue, sur la terre. Ils ferment la route avec des cordages, posent leurs buts. Le terrain est délimité par des lignes blanches imaginaires qu’eux seuls voient. Lorsqu’ils jouent, l’ambiance est dynamique, vivante ! Ça crie, ça hurle, c’est drôle mais pour nous c’est encore un moment épique.

La chaleur est étouffante. Autour d’eux, les Cotonois s’affairent, le bruit de la ville continue, le passage incessant des motos, les femmes qui portent sur un « Kansoun » des kilos et des kilos sur leur tête. Philippe nous a dégoté quatre chaises en plastique, dignes d’un stand VIP, le tableau que nous avons devant les yeux est vivant et authentique.

A Cotonou, les gens parlent le Fon comme langue locale. Derrière nous, il y a une école primaire. Le samedi matin, les jeunes viennent en cours. C’est ainsi jusqu’en sixième avant de passer en secondaire. L’école publique est gratuite pour les filles et coûte 15000 CFA par garçon, par année, soit 30.- CHF. Les familles ont aussi la possibilité de faire l’école à la maison avec un répétiteur ou d’envoyer leurs enfants dans une école privée, mais cela coûte plus cher.

Les enseignants nous autorisent à rentrer. Le calme règne. Les enfants sont studieux, en cours de français. Lorsqu’ils nous voient, certains rient, d’autres sont timides, d’autres ont peur. Nous passons un moment privilégié en leur compagnie. Séverine n’en peut plus, elle est aux anges au milieu d’eux. On pourrait la quitter qu’elle ne remarquerait pas notre absence, enfin… jusqu’à la fin des cours.

On nous appelle dehors, la bière Béninoise est dans la glace, il est temps de partager un verre avec Philippe et ses amis. Ils veulent que nous fassions des photos. Il semblerait que nous soyons l’attraction.

Plus tard, Philippe nous fait l’honneur de nous présenter à sa maman. Nous passons quelques minutes en sa compagnie. Ne comprenant pas bien le français, elle répète continuellement « Merci » d’être venus la voir. Mais, au fond, n’est-ce-pas à nous qu’elle fait un cadeau en nous ouvrant sa porte ? J’ai le sentiment qu’ici, nous vivons dans un monde ou l’ordre des choses est inversé.

Le temps de s’arrêter pour un repas non loin et nous filons à Possotomé, au bord du Lac Ahémé, pour un week-end de détente bien mérité. Nous traversons à vive allure des terres rouges où le monde est partout, tout le temps. Nous logeons à l’hôtel « Chez Théo » à environ 2 heures de route de Cotonou. Entouré de palmiers, cocotiers, bambous et bungalows en Teck, sur pilotis, cet endroit est paradisiaque.

A notre arrivée, le bruit incessant de la ville a disparu. Le silence est là, lourd, pesant, je me sens perdue un moment. L’hôtel met à disposition une piscine. Il ne nous aura pas fallu longtemps pour y piquer une tête, un vrai bonheur. Dieu que cette fraîcheur fait du bien !

Faire santé avec un verre de jus d’ananas pur sonne les vacances. Jusqu’à dimanche, nous allons profiter de cet endroit avant de repartir à Cotonou. Philippe partage avec nous ces moments. C’est pour lui aussi des vacances mais surtout un grand changement au regard de son quotidien. Après ce que nous avons vécu jusqu’à présent, nous ne pouvons que réaliser la chance que nous avons de pouvoir être là.

 

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VE 11 janvier - Le jour où "Opération Bénin" se concrétise

Dernier jour de stage avant un week-end détente. Cette fois, Jean-Marie va au SAMU pour sa première journée, pendant que Séverine et moi rejoignons les sapeurs-pompiers.

En caserne, l’équipe de nuit n’est pas encore relevée de ses fonctions. Ils doivent attendre le retour de leurs collègues, partis à l’entraînement de sport. Ferdinand, Bako et Rodrigues sont présents. Ils discutent dans la salle de garde. À peine arrivons-nous que déjà les questionnements interculturels reprennent. Notre quotidien, notre travail, nos familles, la météo, la politique etc… Nous sommes toutes aussi curieuses. C’est très enrichissant. L’ambiance est chaleureuse.

L’alarme « feu » sonne, une explosion de gaz a eu lieu à domicile. Ici, les sapeurs-pompiers n’ont aucune protection respiratoire. Lorsqu’ils vont au feu, ils y vont avec un masque chirurgical, pour autant qu’ils en aient un. J’ai envie de partir sur le toit du tonne-pompe avec eux... Séverine aussi, mais l’ampleur des flammes, les gaz, la pollution, nous risquerions de nous blesser et de nous intoxiquer avec la fumée. Finir hospitalisées serait vraiment la « cata », pour nous tous.

En attendant leur retour, nous faisons connaissance avec Guillaume, un autre sapeur-pompier. Nous profitons du calme en caserne pour faire une petite formation sur le saturomètre que j’ai à ma ceinture. Il le voit tout le temps à l’hôpital mais n’a jamais su à quoi cela servait.

Deuxième alarme, les collègues pompiers demandent le VSAV. A notre arrivée, l’incendie est maîtrisé et le gaz éteint. Un masque chirurgical sur le nez, nous traversons un appartement détruit et ravagé par les éléments. Dans la cour intérieure, un escalier en métal, étroit, en colimaçon, nous permet d’accéder jusqu’au patient. L’odeur est acre, intense. Nos yeux nous piquent. En face de moi, l’homme est corpulent, assis sur son lit. Séverine croise mon regard, nous avons un grand brûlé en face de nous …

Transféré au centre des grands brûlés du CNHU de Cotonou, je réalise une fois de plus le choc des cultures et des moyens médicaux. Le patient marchera jusqu’aux portes du service, après que la deuxième veux bien s’ouvrir. Tout le monde s’affaire au mieux, mais personne ne tiendra compte de l’état gravidique du patient sans avoir répondu à la question vitale : « Qui paye ? ». Je croise le docteur, notre présence interpelle, j’en profite et lui dis. Le patient a enfin accès à un brancard, en état de choc, brûlé à 60% de sa surface corporelle.

Avec Séverine, nous nous rendons compte de la force physique et mentale des autochtones. Lors de toutes les interventions que nous avons vécues jusqu’à présent, ils ne se sont jamais plaints, ils ont souffert en silence. C’est horrible à dire, mais ils ont l’habitude. Il semble que la médecine de guerre soit partout, temps dans le paramédical que le médical. Le système des soins Béninois est tranchant et dur. Qui paye, reçoit ! Et c’est ainsi pour tous, enfants, adultes, vieillards.

Le calme est revenu. Chacun vaque à ses occupations. Avec l’accord du chef de caserne Frédéric, nous mettons en place la toute première formation de BLS-AED, demandée par le lieutenant-colonel.

Il est 15 heures, Séverine est moi jubilons. Ce que nous allons vivre est extraordinaire. Quel bonheur de partager avec des hommes et femmes motivés et désireux d’apprendre. Nous avons à disposition un tableau noir et une craie pour la théorie. On s’en amuse beaucoup. « C’est le Bénin ! ». Il est temps de ressortir l’essentiel de cette formation. Être pratique, simple, juste et sans fioriture.

Nous amenons le cours dans une méthode totalement didactique. Nous ne connaissons par leurs acquis jusqu’à ce jour. Il est donc important de les laisser les exprimer pour ensuite les corriger et/ou les mettre à jour.

Cette méthode porte ses fruits. Lorsque leurs craintes de dire faux ou faire mal s’échappe, nous retrouvons leur personnalité, ils parlent, s’interrogent, se corrigent. C’est un bonheur, pour Séverine et moi de former dans ces conditions, mais l’heure file, nous n’avons pas d’autres choix que de nous arrêter-là. Le commandant, que nous avons salué à notre retour du CNHU, souhaite nous présenter le GNSP et passer un moment en notre compagnie.

Jean-Marie et Philippe sont arrivés entre-temps. Nous montons en salle de conférence. La présentation du commandant est claire, précise, forte intéressante. A Cotonou, trois casernes existent pour l’ensemble du littoral, 1500 missions dans l’année 2018 sur 1'500'000 habitants ont eu lieu. Au prorata, chez nous, c’est nettement moins. A contrario, ils ont beaucoup plus de traumatismes que de pathologies, hormis le Paludisme. Ce dernier reste la cause première de décès chez les enfants entre 0-5 ans. Jean-Marie est invité à prendre la parole. Il explique son projet et remercie l’ensemble du personnel. Il est ému, heureux.

Cette fin d’après-midi est intense et belle. Nous laissons nos amis. Tout le monde a le sourire aux lèvres. Cette date est à marquer dans les annales pour Bluefires Sàrl, le projet « Opération Bénin » est concrétisé ! Nous espérons pouvoir prendre encore un moment lundi ou mardi pour revoir la théorie et surtout pratiquer sur les mannequins.

 

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JE 10 janvier 2018 - L'âme du secouriste

Il est 08h00 environ, Jean-Marie, Séverine et moi-même arrivons à la caserne des pompiers de Saint-Jean. Myriam est restée à l’hôtel pour faire de l’administratif.

La nouvelle équipe a déjà pris son service. Les Béninois travaillent en 24 heures, du matin au matin. Un week-end sur deux, ils font 72 heures en caserne, soit du vendredi matin au lundi matin, puis, ils « redescendent » comme ils le disent. Ils repartent pour retrouver leur famille et se reposer.

Nous croisons à nouveau Bako, chef de section et Frédéric, chef de caserne. Ils nous accueillent avec un plaisir non-dissimulé. Nous nous présentons au reste de l’équipe et vivons un temps d’acclimatation ou chacun s’observe du coin de l’œil. L’occasion d’échanger quelques mots arrive enfin. Nous nous interrogeons mutuellement sur nos pays, nos cultures, notre quotidien. Le choc des cultures est éloquent, l’échange magnifique.

L’alarme sonne, nous ne sommes qu’en début de matinée, la journée va être longue, ils ont prévu 38°C pour aujourd’hui. Nous partons avec leur VSAV (Véhicule de Sauvetage Aux Victimes). Nous sommes six dans l’ambulance, trois pompiers et nous trois.

Toute la journée, chaque pompier à un place attitrée dans le véhicule, par 24 heures. Serge est notre conducteur pour la journée. Moïse restera derrière et s’occupera des patients. Quant au troisième, Bandele, il est l’interlocuteur directe par radio avec la Centrale d’Appel d’Urgence. Chez eux, ils s’orientent sans carte n’y GPS. Ils n’ont pas les moyens financiers mais une très bonne mémoire.

« Un AVP (Accident de la Voie Publique). Une moto est entrée en collision avec un piéton. 1 blessé » Sur site, deux patients doivent être acheminés à la clinique Saint-Luc. Nous embarquons tous ensemble dans l’ambulance. Nous voilà huit, en route. Je commence à percevoir une réalité professionnelle qui n’est pas la mienne. Le piéton bénéficie d’un collier cervical, nous l’allongeons sur le brancard, le motard s’asseoit sur la banquette et nous partons.

À à la clinique, nous l’installons sur un brancard, nous lui ôtons la minerve et la récupérons, elle peut encore servir pour un autre patient… Nous rentrons en caserne.

La rythme de la journée ne se calme pas. C’est cinq interventions dont trois AVP que nous avons pris en charge aujourd’hui. En ville, le monde est partout. Une cinquantaine de curieux s’approchent. Parfois, ils nous collent, nous encerclent tel un laçeau autour de sa proie pour se resserer au fur et à mesure. Repoussez-les, ils reviennent comme un élastique tendu qu'on lâche, mais sans violence d'aucune sorte, leur oppression n'amène aucune crainte, leur respect est exemplaire. Je termine cette journée, mes idées se bousculent, je m’interroge. La prise de conscience que je commence à vivre est extraordinaire. Je n’aurais pu rêver mieux comme voyage de fin d’études.

L’essence même du métier d’ambulancier est avant tout de porter secours à des victimes nécessitant d’être transportées dans un milieu hospitalier. A Cotonou, faute de moyens, les ambulanciers ne disposent pas de matériel adéquat pour bien faire ce qu’ils ont appris. Ils n’ont pas tous les médicaments et les moyens techniques dont nous disposons pour faire des prises en charge de très bonne qualité, mais ils ont ce que jamais aucun matériel n’y argent ne pourra remplacer : l’âme du secouriste.

L’engagement, le professionnalisme, le non-jugement, le cœur, le dévouement. Ils respectent l’uniforme qu’ils portent, estiment être de leur devoir de montrer l’exemple dans toutes les situations. Leur comportement est exemplaire. Ils ont soif d’apprendre et seraient les premiers à vouloir améliorer les choses chez eux. Comme ils le disent : « On n’a trop de problèmes à Cotonou. Pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de sanitaires, pas d’aides si un membre de la famille tombe malade et que nous manquons de moyens. Alors l’important, c’est la santé. Si nous l’avons, nous pouvons être heureux. » Ce sont ces personnes-là qui, chaque 24 heures, font les tournus pour venir porter secours aux plus malchanceux.

Ce soir, je pense pouvoir parler au nom de Jean-Marie, Séverine, moi-même et Myriam. Nous sommes plus riches qu’à notre arrivée et nous nous enrichissons davantage chaque jour à leur côté. Cela n’engage que moi, mais je pense que ces hommes et ces femmes qui jouissent de peu de moyens, ont développé un sens aigu du « savoir être » de l'ambulancier. De cela, nous pouvons en apprendre tous les jours.

 

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ME 9 janvier 2018 - A la découverte d'un nouveau monde

Après une nuit fraîchement climatisée, c’est au chant du coq que mes paupières se sont levées. Séverine dort encore. Pour elle, je crois qu’un barrissement d’éléphant serait nettement plus efficace.

Nous retrouvons Myriam et Jean-Marie à la salle à manger de l’hôtel. Nous faisons le plein d’énergie avec un petit-déjeuner français agrémenté d’ananas locaux. Nos papilles en redemandent.

Philippe nous retrouve à 10 heures, quart d’heure vaudois compris. Le programme de la journée sera sous le thème de la « découverte » et des prises de contacts avec les partenaires locaux, soit le SAMU qui se situe au sein du Centre Hospitalier National Universitaire (CHNU) et le Groupement National des Sapeurs-Pompiers (GNSP).

C’est avec plaisir que nous embarquons à la découverte du bar de Philippe. Il l’a monté et créé de ses mains dans les quartiers populaires. Ici, chacun se débrouille comme il peut. Tu dois travailler, surtout si tu es père de famille, ce qui est son cas. Philippe est marié et a quatre enfants que nous aurons le plaisir de rencontrer prochainement. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises idées, nous dit Philippe. « Si ça fonctionne pour toi, c’est que c’est bon. Sinon, tu changes ».

Nous prenons un moment pour marcher le long de ces chemins de terre, au milieu d’habitations de fortunes. Plus nous approchons de la Lagune, plus les bas-fonds de Cotonou font surface. Bruts, bouleversants et interpellants … l’impression d’avoir un comportement voyeuriste me dérange, je ne suis pas à l’aise. « Yovo, Yovo ! » crient les enfants. Ils sortent, nous regardent, rigolent. Cela veut dire « Blanc ! ». Leurs sourires, leur joie et leurs petites fesses « à l’air » transpercent soudainement ce tableau. Comme dit Philippe, « Ne pas comparer, accepter ce qui est, parce que leurs besoins ne sont pas les nôtres."

Les gargouillis de nos estomacs se manifestent, il est temps d’aller manger notre premier repas béninois. L’Igname ! Surprenante découverte. C’est un plat qui se mange avec les mains, complété par du poisson, du mouton ou du Peuhl, un fromage provenant du Nord du Bénin. Cette racine locale, riche en amidon, est de couleur blanc cassé. Quant au goût, comme dit Séverine « Si tu fermes les yeux, tu pourrais croire à de la purée de pomme de terre, épaisse, sans sel ». Une sauce épicée est nécessaire, ce qui n’a pas manqué. J’ai demandé du poisson en accompagnement. Servit entier, noyé dans la sauce à l’arachide, autant vous dire que je ne savais jamais quelle partie je mangeais véritablement et s’il était vidé ou non. Nous en rions bien avec Séverine ce soir car n’y l’une, n’y l’autre, n’a osé faire la réflexion sur le moment.

Plus tard, au CHNU notre contact n’était pas présent. Un appel téléphonique nous a permis de confirmer nos prochaines journées de stage. Chez les pompiers, nous avons été extrêmement bien reçus. Le Lieutenant-colonel Gildas N’Dah-Sekou nous a accueillis dans son bureau. Après quelques échanges, ils nous informent qu’ils viennent de recevoir des défibrillateurs pour les ambulances. Malheureusement, le personnel n’est pas formé pour les utiliser et nous demande si nous pouvons le faire. Nos sourires se lisent sur nos visages, révélant l’évidente réponse. C’est exactement le but de notre voyage et de nos stages. Echanger nos compétences. Nous sommes heureux. Jean-Marie ne décroche plus son sourire de son visage, le projet BlueFires prend-il forme ?

De retour à l’hôtel, Séverine et moi tentons de mettre des mots sur ce Bénin qui nous laisse sans voix, sur nos ressentis, nos émotions, nos sentiments. Mais encore une fois, tout est chamboulé et contradictoire. Comment exprimer nos ressentis lorsque la pauvreté est partout et que nous avons l’impression d’être voyeuristes. Nous sommes heureux de découvrir ce pays rempli d’une richesse culturelle évidente alors que plus de la moitié des autochtones ne disposent pas de sanitaires pour leurs besoins primaires.

Nous avons rendez-vous à 19h15 avec Jean-Marie et Myriam. Nous partageons un moment les quatre avant de descendre. Il semblerait que nous portions leurs regards, celui-là même qu’ils avaient l’année dernière en arrivant. Dans nos discussions, il ressort tout de même que depuis deux ans, le pays semble en constante évolution pour améliorer sa situation. Cela serait-il lié à la présidence de Talon ?

Quoi qu’il en soit, des voies pour motocycles sont créées afin d’améliorer la sécurité routière, des tas d’immondices, encore présents l’année dernière, ont disparu du canal. L’évolution est en chemin… nous ne pouvons que souhaiter qu’elle continue et réponde aux besoins des Cotonois.

 

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MA 8 janvier 2019 - L'envol vers un nouveau continent

La nuit a été courte pour tout le monde. Quitter la famille provoque toujours un pincement au cœur, mais les retrouvailles dans l’auto balayent rapidement toute once de tristesse. Il est quatre heures du matin, la bonne humeur et l’excitation sont au beau fixe.

La voiture est chargée à bloc. Entre les valises de chacun et les trois que Danielle offre à Philippe à Cotonou, l’on pourrait croire que nous partons pour un mois.

Nous faisons un détour chez le papa de Jean-Marie. Il se chargera de ramener le véhicule après notre départ. Via l’aéroport de Genève, les échanges sont gais. A-t-on pensé à tout ? Passeport ? Carnet de vaccination ? Médicaments ? …

Nous occupons les derniers rangs de l’avion Bruxelles Airlines, il est aux environs de 07 :00. Nous allons décoller… Nous ne tenons plus en place et rions. Sensation d’apesanteur, de surpression, au revoir la Suisse ! Les esprits se calment, mes amis s’endorment…

En vol, l’aube se lève. Un faisceau lumineux sépare horizontalement le ciel en deux, tel le rayon lumineux glissant d’une porte entrouverte, splendide ! Je réalise soudainement que nous allons vivre un séjour hors du commun, sur une terre où je n’ai jamais posé pied, pour partager avec nos camarades cotonois leur quotidien et leur réalité.

Contrairement à Jean-Marie et Myriam, ni moi ni Séverine ne savons à quoi nous attendre. Je ne peux m’empêcher de me poser mille questions, par curiosité, par crainte, par anticipation, où que sais-je encore… mais au fur et à mesure que les heures passent, la découverte de l’inconnu accapare mon esprit, mes questionnements s’évaporent, j’accueille ces horizons lointains avec délectation.

A Bruxelles, les ethnies qui nous entourent sont différentes. Le noir domine de plus en plus. A la porte d’embarquement, je regarde autour de moi, un vent d’Afrique souffle déjà…

« Mikabo ! Mikabo ! »

Le peuple africain nous accueille avec le sourire et leur « Bonjour ! » sur le sol de Cotonou. Malgré qu’il fasse nuit, la chaleur est étouffante, humide. A la douane, tout est extrêmement bien rodé, ça vit et grouille de monde comme dans tout aéroport. « Photos, empreintes, visa, tout y passe ». Au tapis à bagages, des Africains s’imposent pour nous aider à récupérer nos effets. Ils parlent français avec leur accent typique. Ils veulent gagner quelques francs. La monnaie locale est le Francs CFA de l’UEMOA (Communauté Financière Africaine de Union Economique Monétaire de l’Ouest Africain). Il est utilisé uniquement dans huit états d’Afrique de l’Ouest dont le Bénin. Les Euros et les Francs Suisses ne sont pas acceptés.

Tous les bagages sont contrôlés avant la sortie finale. Difficile de partir avec une valise qui n’est pas à nous. Il est drôle de découvrir que si vous ne tendez pas les tickets au personnel, ils auront beau les voir dans vos mains, ils n’iront pas les chercher, ne vous diront pas que c’est « ça » et vous les redemanderont plusieurs fois de suite, jusqu’à ce que vous compreniez.

Je foule le sol africain pour la première fois. Plusieurs dizaines d’autochtones sont autour de nous. La famille, les amis, les chauffeurs, chacun vient chercher l’autre. Philippe, notre contact et ami de Danielle est là, sourire aux lèvres, heureux. Le plaisir est partagé.

A l’hôtel, nous soulageons les essieux de l’automobile et défaisons ce mur de valises qui bonde le coffre de Philippe. Les chambres sont très bien tenues, climatisées, propres. Il est temps de partager un repas et le verre de l’amitié avec Philippe.

La soirée touche à sa fin, la journée a été bien remplie. Repus, nous nous retrouverons demain, 07 :45, pour partir à la découverte de Cotonou.

 

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LU 7 janvier - Ici et ailleurs

La journée commence sur les chapeaux de roues. Pour Jean-Marie et Myriam, les préparatifs ont déjà débuté il y a plusieurs mois. Ils n’en sont pas à leur premier départ. L’année dernière, dans le cadre d’un projet innovateur, Jean-Marie, directeur de Bluefires Sàrl, ainsi que sa conjointe Myriam, sont partis à Cotonou avec une amie, Danielle, infirmière de métier. Le but recherché est de rencontrer les autochtones, ambulanciers et médecins et de permettre un échange de compétences dans le domaine des soins.

Lors de l’Opération Bénin 1.0, Danielle était présente pour faire le joint avec les Béninois. Elle a travaillé en Ethiopie et plusieurs fois au Bénin. L’Afrique, elle connaît bien. Sa présence rassurante a permis d’établir des bons contacts, de qualité et de confiance.

Préférant mettre la priorité sur sa famille, elle ne sera pas des nôtres cette année. Bluefires vole désormais de ses propres ailes. Danielle a passé le relais, mais sans pour autant se détacher du projet. Une soirée d’échanges sous le thème du « Bénin » a été organisée chez elle, permettant ainsi de découvrir d’autres aspects de ce lieu qui, pour moi, semblent irréels. Pour la première fois, j’ai conversé avec Philippe, notre contact béninois. Son accent chantant et sa joie communicative ont réveillé en nous tous une impatience non-dissimulable.

C’est lors d’une soirée de présentation de l’Expérience Bénin 1.0 que Séverine et moi avons fait connaissance pour la première fois. Elle, tout comme moi, étions excitée à l’idée de ce projet. Sans pour autant en connaître tous les tenants et aboutissants, nous étions prêtes à nous envoler.

Toutes les deux professionnelles de la santé, nous ne connaissions jusqu’alors que la date de départ et la liste des effets à emporter. Les préparatifs ne nous incombant pas, nous avons vécu avec une certaine légèreté et insouciance l’approche de cette aventure humaine. Pourtant, à la veille du départ, tout semble différent, chamboulé par un saladier d’émotions ; la joie, la peur ou la tristesse, à une mesure propre à chacun de nous.

Alors que certains vaquent à leurs occupations professionnelles, d’autres se questionnent. Elle qui, avec l’aide de son conjoint, a organisé ce voyage 2.0. A-t-elle pensé à tout ? Sans Danielle, est-ce-que cela se passera tout aussi bien sur place ? Myriam, notre recrue manager, sent en elle une pointe d’inquiétude à l’approche de cet imminent jour J.

Séverine, quant à elle, découvre la piqûre du « bourdon » au petit matin, mais le quotidien ne lui laisse pas le répit de la vivre pleinement. Déposer son aînée au camp de ski, organiser la journée de la deuxième, faire sa valise… « Dieu qu’elle déteste cela, elle qui ne sait jamais quoi mettre dedans ».

En vacances depuis un jour, il me semble n’être qu’en phase de récupération. 
Je n’arrive pas à décrocher de mon quotidien ou je ne le veux pas. Sans vraiment m’en rendre compte, je vis le pacage de ma valise comme des strates à empiler, des coches à valider, commençant en priorité par les affaires de travail et la pharmacie personnelle. Je remplis ma journée comme à mon habitude, une manière pour moi ne pas ressentir, peut-être, cette inquiétude, liée aux horizons lointains et inconnus qui nous attendent. Je n’en mène pas large, mes émotions se chevauchent, se mélangent. Voilà que pour la première fois de mon existence, je pars sur le sol africain. J’embrasse mes adolescents, inconscients de mon actuel for intérieur et tout simplement heureux dans leur monde virtuel à pixels.

Un dernier téléphone à Jean-Marie m’assure que tout est en ordre. Valise, sac, passeport, carnet de vaccination... . L’heure du départ est fixée à 04 :15 demain matin. Ils passeront me chercher.

 


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