Lundi 7 janvier - Ici et ailleurs ...

La journée commence sur les chapeaux de roues. Pour Jean-Marie et Myriam, les préparatifs ont déjà débuté il y a plusieurs mois. Ils n’en sont pas à leur premier départ. L’année dernière, dans le cadre d’un projet innovateur, Jean-Marie, directeur de Bluefires Sàrl, ainsi que sa conjointe Myriam, sont partis à Cotonou avec une amie, Danielle, infirmière de métier. Le but recherché est de rencontrer les autochtones, ambulanciers et médecins et de permettre un échange de compétences dans le domaine des soins.

Lors de l’Opération Bénin 1.0, Danielle était présente pour faire le joint avec les Béninois. Elle a travaillé en Ethiopie et plusieurs fois au Bénin. L’Afrique, elle connaît bien. Sa présence rassurante a permis d’établir des bons contacts, de qualité et de confiance.

Préférant mettre la priorité sur sa famille, elle ne sera pas des nôtres cette année. Bluefires vole désormais de ses propres ailes. Danielle a passé le relais, mais sans pour autant se détacher du projet. Une soirée d’échanges sous le thème du « Bénin » a été organisée chez elle, permettant ainsi de découvrir d’autres aspects de ce lieu qui, pour moi, semblent irréels. Pour la première fois, j’ai conversé avec Philippe, notre contact béninois. Son accent chantant et sa joie communicative ont réveillé en nous tous une impatience non-dissimulable.

C’est lors d’une soirée de présentation de l’Expérience Bénin 1.0 que Séverine et moi avons fait connaissance pour la première fois. Elle, tout comme moi, étions excitée à l’idée de ce projet. Sans pour autant en connaître tous les tenants et aboutissants, nous étions prêtes à nous envoler.

Toutes les deux professionnelles de la santé, nous ne connaissions jusqu’alors que la date de départ et la liste des effets à emporter. Les préparatifs ne nous incombant pas, nous avons vécu avec une certaine légèreté et insouciance l’approche de cette aventure humaine. Pourtant, à la veille du départ, tout semble différent, chamboulé par un saladier d’émotions ; la joie, la peur ou la tristesse, à une mesure propre à chacun de nous.

Alors que certains vaquent à leurs occupations professionnelles, d’autres se questionnent. Elle qui, avec l’aide de son conjoint, a organisé ce voyage 2.0. A-t-elle pensé à tout ? Sans Danielle, est-ce-que cela se passera tout aussi bien sur place ? Myriam, notre recrue manager, sent en elle une pointe d’inquiétude à l’approche de cet imminent jour J.

Séverine, quant à elle, découvre la piqûre du « bourdon » au petit matin, mais le quotidien ne lui laisse pas le répit de la vivre pleinement. Déposer son aînée au camp de ski, organiser la journée de la deuxième, faire sa valise… « Dieu qu’elle déteste cela, elle qui ne sait jamais quoi mettre dedans ».

En vacances depuis un jour, il me semble n’être qu’en phase de récupération. 
Je n’arrive pas à décrocher de mon quotidien ou je ne le veux pas. Sans vraiment m’en rendre compte, je vis le pacage de ma valise comme des strates à empiler, des coches à valider, commençant en priorité par les affaires de travail et la pharmacie personnelle. Je remplis ma journée comme à mon habitude, une manière pour moi ne pas ressentir, peut-être, cette inquiétude, liée aux horizons lointains et inconnus qui nous attendent. Je n’en mène pas large, mes émotions se chevauchent, se mélangent. Voilà que pour la première fois de mon existence, je pars sur le sol africain. J’embrasse mes adolescents, inconscients de mon actuel for intérieur et tout simplement heureux dans leur monde virtuel à pixels.

Un dernier téléphone à Jean-Marie m’assure que tout est en ordre. Valise, sac, passeport, carnet de vaccination... . L’heure du départ est fixée à 04 :15 demain matin. Ils passeront me chercher.

 


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Mardi 8 janvier - Un nouveau continent ...

La nuit a été courte pour tout le monde. Quitter la famille provoque toujours un pincement au cœur, mais les retrouvailles dans l’auto balayent rapidement toute once de tristesse. Il est quatre heures du matin, la bonne humeur et l’excitation sont au beau fixe.

La voiture est chargée à bloc. Entre les valises de chacun et les trois que Danielle offre à Philippe à Cotonou, l’on pourrait croire que nous partons pour un mois.

Nous faisons un détour chez le papa de Jean-Marie. Il se chargera de ramener le véhicule après notre départ. Via l’aéroport de Genève, les échanges sont gais. A-t-on pensé à tout ? Passeport ? Carnet de vaccination ? Médicaments ? …

Nous occupons les derniers rangs de l’avion Bruxelles Airlines, il est aux environs de 07 :00. Nous allons décoller… Nous ne tenons plus en place et rions. Sensation d’apesanteur, de surpression, au revoir la Suisse ! Les esprits se calment, mes amis s’endorment…

En vol, l’aube se lève. Un faisceau lumineux sépare horizontalement le ciel en deux, tel le rayon lumineux glissant d’une porte entrouverte, splendide ! Je réalise soudainement que nous allons vivre un séjour hors du commun, sur une terre où je n’ai jamais posé pied, pour partager avec nos camarades cotonois leur quotidien et leur réalité.

Contrairement à Jean-Marie et Myriam, ni moi ni Séverine ne savons à quoi nous attendre. Je ne peux m’empêcher de me poser mille questions, par curiosité, par crainte, par anticipation, où que sais-je encore… mais au fur et à mesure que les heures passent, la découverte de l’inconnu accapare mon esprit, mes questionnements s’évaporent, j’accueille ces horizons lointains avec délectation.

A Bruxelles, les ethnies qui nous entourent sont différentes. Le noir domine de plus en plus. A la porte d’embarquement, je regarde autour de moi, un vent d’Afrique souffle déjà…

« Mikabo ! Mikabo ! »

Le peuple africain nous accueille avec le sourire et leur « Bonjour ! » sur le sol de Cotonou. Malgré qu’il fasse nuit, la chaleur est étouffante, humide. A la douane, tout est extrêmement bien rodé, ça vit et grouille de monde comme dans tout aéroport. « Photos, empreintes, visa, tout y passe ». Au tapis à bagages, des Africains s’imposent pour nous aider à récupérer nos effets. Ils parlent français avec leur accent typique. Ils veulent gagner quelques francs. La monnaie locale est le Francs CFA de l’UEMOA (Communauté Financière Africaine de Union Economique Monétaire de l’Ouest Africain). Il est utilisé uniquement dans huit états d’Afrique de l’Ouest dont le Bénin. Les Euros et les Francs Suisses ne sont pas acceptés.

Tous les bagages sont contrôlés avant la sortie finale. Difficile de partir avec une valise qui n’est pas à nous. Il est drôle de découvrir que si vous ne tendez pas les tickets au personnel, ils auront beau les voir dans vos mains, ils n’iront pas les chercher, ne vous diront pas que c’est « ça » et vous les redemanderont plusieurs fois de suite, jusqu’à ce que vous compreniez.

Je foule le sol africain pour la première fois. Plusieurs dizaines d’autochtones sont autour de nous. La famille, les amis, les chauffeurs, chacun vient chercher l’autre. Philippe, notre contact et ami de Danielle est là, sourire aux lèvres, heureux. Le plaisir est partagé.

A l’hôtel, nous soulageons les essieux de l’automobile et défaisons ce mur de valises qui bonde le coffre de Philippe. Les chambres sont très bien tenues, climatisées, propres. Il est temps de partager un repas et le verre de l’amitié avec Philippe.

La soirée touche à sa fin, la journée a été bien remplie. Repus, nous nous retrouverons demain, 07 :45, pour partir à la découverte de Cotonou.

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ME 9 janvier - A la découverte d'un nouveau monde

Après une nuit fraîchement climatisée, c’est au chant du coq que mes paupières se sont levées. Séverine dort encore. Pour elle, je crois qu’un barrissement d’éléphant serait nettement plus efficace.

Nous retrouvons Myriam et Jean-Marie à la salle à manger de l’hôtel. Nous faisons le plein d’énergie avec un petit-déjeuner français agrémenté d’ananas locaux. Nos papilles en redemandent.

Philippe nous retrouve à 10 heures, quart d’heure vaudois compris. Le programme de la journée sera sous le thème de la « découverte » et des prises de contacts avec les partenaires locaux, soit le SAMU qui se situe au sein du Centre Hospitalier National Universitaire (CHNU) et le Groupement National des Sapeurs-Pompiers (GNSP).

C’est avec plaisir que nous embarquons à la découverte du bar de Philippe. Il l’a monté et créé de ses mains dans les quartiers populaires. Ici, chacun se débrouille comme il peut. Tu dois travailler, surtout si tu es père de famille, ce qui est son cas. Philippe est marié et a quatre enfants que nous aurons le plaisir de rencontrer prochainement. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises idées, nous dit Philippe. « Si ça fonctionne pour toi, c’est que c’est bon. Sinon, tu changes ».

Nous prenons un moment pour marcher le long de ces chemins de terre, au milieu d’habitations de fortunes. Plus nous approchons de la Lagune, plus les bas-fonds de Cotonou font surface. Bruts, bouleversants et interpellants … l’impression d’avoir un comportement voyeuriste me dérange, je ne suis pas à l’aise. « Yovo, Yovo ! » crient les enfants. Ils sortent, nous regardent, rigolent. Cela veut dire « Blanc ! ». Leurs sourires, leur joie et leurs petites fesses « à l’air » transpercent soudainement ce tableau. Comme dit Philippe, « Ne pas comparer, accepter ce qui est, parce que leurs besoins ne sont pas les nôtres."

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JE 10 janvier - L'âme du secouriste

Il est 08h00 environ, Jean-Marie, Séverine et moi-même arrivons à la caserne des pompiers de Saint-Jean. Myriam est restée à l’hôtel pour faire de l’administratif.

La nouvelle équipe a déjà pris son service. Les Béninois travaillent en 24 heures, du matin au matin. Un week-end sur deux, ils font 72 heures en caserne, soit du vendredi matin au lundi matin, puis, ils « redescendent » comme ils le disent. Ils repartent pour retrouver leur famille et se reposer.

Nous croisons à nouveau Bako, chef de section et Frédéric, chef de caserne. Ils nous accueillent avec un plaisir non-dissimulé. Nous nous présentons au reste de l’équipe et vivons un temps d’acclimatation ou chacun s’observe du coin de l’œil. L’occasion d’échanger quelques mots arrive enfin. Nous nous interrogeons mutuellement sur nos pays, nos cultures, notre quotidien. Le choc des cultures est éloquent, l’échange magnifique.

L’alarme sonne, nous ne sommes qu’en début de matinée, la journée va être longue, ils ont prévu 38°C pour aujourd’hui. Nous partons avec leur VSAV (Véhicule de Sauvetage Aux Victimes). Nous sommes six dans l’ambulance, trois pompiers et nous trois.

Toute la journée, chaque pompier à un place attitrée dans le véhicule, par 24 heures. Serge est notre conducteur pour la journée. Moïse restera derrière et s’occupera des patients. Quant au troisième, Bandele, il est l’interlocuteur directe par radio avec la Centrale d’Appel d’Urgence. Chez eux, ils s’orientent sans carte n’y GPS. Ils n’ont pas les moyens financiers mais une très bonne mémoire.

« Un AVP (Accident de la Voie Publique). Une moto est entrée en collision avec un piéton. 1 blessé » Sur site, deux patients doivent être acheminés à la clinique Saint-Luc. Nous embarquons tous ensemble dans l’ambulance. Nous voilà huit, en route. Je commence à percevoir une réalité professionnelle qui n’est pas la mienne. Le piéton bénéficie d’un collier cervical, nous l’allongeons sur le brancard, le motard s’asseoit sur la banquette et nous partons.

À à la clinique, nous l’installons sur un brancard, nous lui ôtons la minerve et la récupérons, elle peut encore servir pour un autre patient… Nous rentrons en caserne.

La rythme de la journée ne se calme pas. C’est cinq interventions dont trois AVP que nous avons pris en charge aujourd’hui. En ville, le monde est partout. Une cinquantaine de curieux s’approchent. Parfois, ils nous collent, nous encerclent tel un laçeau autour de sa proie pour se resserer au fur et à mesure. Repoussez-les, ils reviennent comme un élastique tendu qu'on lâche, mais sans violence d'aucune sorte, leur oppression n'amène aucune crainte, leur respect est exemplaire. Je termine cette journée, mes idées se bousculent, je m’interroge. La prise de conscience que je commence à vivre est extraordinaire. Je n’aurais pu rêver mieux comme voyage de fin d’études.

L’essence même du métier d’ambulancier est avant tout de porter secours à des victimes nécessitant d’être transportées dans un milieu hospitalier. A Cotonou, faute de moyens, les ambulanciers ne disposent pas de matériel adéquat pour bien faire ce qu’ils ont appris. Ils n’ont pas tous les médicaments et les moyens techniques dont nous disposons pour faire des prises en charge de très bonne qualité, mais ils ont ce que jamais aucun matériel n’y argent ne pourra remplacer : l’âme du secouriste.

L’engagement, le professionnalisme, le non-jugement, le cœur, le dévouement. Ils respectent l’uniforme qu’ils portent, estiment être de leur devoir de montrer l’exemple dans toutes les situations. Leur comportement est exemplaire. Ils ont soif d’apprendre et seraient les premiers à vouloir améliorer les choses chez eux. Comme ils le disent : « On n’a trop de problèmes à Cotonou. Pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de sanitaires, pas d’aides si un membre de la famille tombe malade et que nous manquons de moyens. Alors l’important, c’est la santé. Si nous l’avons, nous pouvons être heureux. » Ce sont ces personnes-là qui, chaque 24 heures, font les tournus pour venir porter secours aux plus malchanceux.

Ce soir, je pense pouvoir parler au nom de Jean-Marie, Séverine, moi-même et Myriam. Nous sommes plus riches qu’à notre arrivée et nous nous enrichissons davantage chaque jour à leur côté. Cela n’engage que moi, mais je pense que ces hommes et ces femmes qui jouissent de peu de moyens, ont développé un sens aigu du « savoir être » de l'ambulancier. De cela, nous pouvons en apprendre tous les jours.

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VE 11 janvier - Le jour où "Opération Bénin" se concrétise

Dernier jour de stage avant un week-end détente. Cette fois, Jean-Marie va au SAMU pour sa première journée, pendant que Séverine et moi rejoignons les sapeurs-pompiers.

En caserne, l’équipe de nuit n’est pas encore relevée de ses fonctions. Ils doivent attendre le retour de leurs collègues, partis à l’entraînement de sport. Ferdinand, Bako et Rodrigues sont présents. Ils discutent dans la salle de garde. À peine arrivons-nous que déjà les questionnements interculturels reprennent. Notre quotidien, notre travail, nos familles, la météo, la politique etc… Nous sommes toutes aussi curieuses. C’est très enrichissant. L’ambiance est chaleureuse.

L’alarme « feu » sonne, une explosion de gaz a eu lieu à domicile. Ici, les sapeurs-pompiers n’ont aucune protection respiratoire. Lorsqu’ils vont au feu, ils y vont avec un masque chirurgical, pour autant qu’ils en aient un. J’ai envie de partir sur le toit du tonne-pompe avec eux... Séverine aussi, mais l’ampleur des flammes, les gaz, la pollution, nous risquerions de nous blesser et de nous intoxiquer avec la fumée. Finir hospitalisées serait vraiment la « cata », pour nous tous.

En attendant leur retour, nous faisons connaissance avec Guillaume, un autre sapeur-pompier. Nous profitons du calme en caserne pour faire une petite formation sur le saturomètre que j’ai à ma ceinture. Il le voit tout le temps à l’hôpital mais n’a jamais su à quoi cela servait.

Deuxième alarme, les collègues pompiers demandent le VSAV. A notre arrivée, l’incendie est maîtrisé et le gaz éteint. Un masque chirurgical sur le nez, nous traversons un appartement détruit et ravagé par les éléments. Dans la cour intérieure, un escalier en métal, étroit, en colimaçon, nous permet d’accéder jusqu’au patient. L’odeur est acre, intense. Nos yeux nous piquent. En face de moi, l’homme est corpulent, assis sur son lit. Séverine croise mon regard, nous avons un grand brûlé en face de nous …

Transféré au centre des grands brûlés du CNHU de Cotonou, je réalise une fois de plus le choc des cultures et des moyens médicaux. Le patient marchera jusqu’aux portes du service, après que la deuxième veux bien s’ouvrir. Tout le monde s’affaire au mieux, mais personne ne tiendra compte de l’état gravidique du patient sans avoir répondu à la question vitale : « Qui paye ? ». Je croise le docteur, notre présence interpelle, j’en profite et lui dis. Le patient a enfin accès à un brancard, en état de choc, brûlé à 60% de sa surface corporelle.

Avec Séverine, nous nous rendons compte de la force physique et mentale des autochtones. Lors de toutes les interventions que nous avons vécues jusqu’à présent, ils ne se sont jamais plaints, ils ont souffert en silence. C’est horrible à dire, mais ils ont l’habitude. Il semble que la médecine de guerre soit partout, temps dans le paramédical que le médical. Le système des soins Béninois est tranchant et dur. Qui paye, reçoit ! Et c’est ainsi pour tous, enfants, adultes, vieillards.

Le calme est revenu. Chacun vaque à ses occupations. Avec l’accord du chef de caserne Frédéric, nous mettons en place la toute première formation de BLS-AED, demandée par le lieutenant-colonel.

Il est 15 heures, Séverine est moi jubilons. Ce que nous allons vivre est extraordinaire. Quel bonheur de partager avec des hommes et femmes motivés et désireux d’apprendre. Nous avons à disposition un tableau noir et une craie pour la théorie. On s’en amuse beaucoup. « C’est le Bénin ! ». Il est temps de ressortir l’essentiel de cette formation. Être pratique, simple, juste et sans fioriture.

Nous amenons le cours dans une méthode totalement didactique. Nous ne connaissons par leurs acquis jusqu’à ce jour. Il est donc important de les laisser les exprimer pour ensuite les corriger et/ou les mettre à jour.

Cette méthode porte ses fruits. Lorsque leurs craintes de dire faux ou faire mal s’échappe, nous retrouvons leur personnalité, ils parlent, s’interrogent, se corrigent. C’est un bonheur, pour Séverine et moi de former dans ces conditions, mais l’heure file, nous n’avons pas d’autres choix que de nous arrêter-là. Le commandant, que nous avons salué à notre retour du CNHU, souhaite nous présenter le GNSP et passer un moment en notre compagnie.

Jean-Marie et Philippe sont arrivés entre-temps. Nous montons en salle de conférence. La présentation du commandant est claire, précise, forte intéressante. A Cotonou, trois casernes existent pour l’ensemble du littoral, 1500 missions dans l’année 2018 sur 1'500'000 habitants ont eu lieu. Au prorata, chez nous, c’est nettement moins. A contrario, ils ont beaucoup plus de traumatismes que de pathologies, hormis le Paludisme. Ce dernier reste la cause première de décès chez les enfants entre 0-5 ans. Jean-Marie est invité à prendre la parole. Il explique son projet et remercie l’ensemble du personnel. Il est ému, heureux.

Cette fin d’après-midi est intense et belle. Nous laissons nos amis. Tout le monde a le sourire aux lèvres. Cette date est à marquer dans les annales pour Bluefires Sàrl, le projet « Opération Bénin » est concrétisé ! Nous espérons pouvoir prendre encore un moment lundi ou mardi pour revoir la théorie et surtout pratiquer sur les mannequins.

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SA 12 et DI 13 janvier - Un petit coin de paradis

Ce matin, notre ami Philippe est à l’honneur. Chaque samedi, lui et ses amis se retrouvent pour jouer au football durant une heure trente. Non pas sur un terrain gazonné mais en rue, sur la terre. Ils ferment la route avec des cordages, posent leurs buts. Le terrain est délimité par des lignes blanches imaginaires qu’eux seuls voient. Lorsqu’ils jouent, l’ambiance est dynamique, vivante ! Ça crie, ça hurle, c’est drôle mais pour nous c’est encore un moment épique.

La chaleur est étouffante. Autour d’eux, les Cotonois s’affairent, le bruit de la ville continue, le passage incessant des motos, les femmes qui portent sur un « Kansoun » des kilos et des kilos sur leur tête. Philippe nous a dégoté quatre chaises en plastique, dignes d’un stand VIP, le tableau que nous avons devant les yeux est vivant et authentique.

A Cotonou, les gens parlent le Fon comme langue locale. Derrière nous, il y a une école primaire. Le samedi matin, les jeunes viennent en cours. C’est ainsi jusqu’en sixième avant de passer en secondaire. L’école publique est gratuite pour les filles et coûte 15000 CFA par garçon, par année, soit 30.- CHF. Les familles ont aussi la possibilité de faire l’école à la maison avec un répétiteur ou d’envoyer leurs enfants dans une école privée, mais cela coûte plus cher.

Les enseignants nous autorisent à rentrer. Le calme règne. Les enfants sont studieux, en cours de français. Lorsqu’ils nous voient, certains rient, d’autres sont timides, d’autres ont peur. Nous passons un moment privilégié en leur compagnie. Séverine n’en peut plus, elle est aux anges au milieu d’eux. On pourrait la quitter qu’elle ne remarquerait pas notre absence, enfin… jusqu’à la fin des cours.

On nous appelle dehors, la bière Béninoise est dans la glace, il est temps de partager un verre avec Philippe et ses amis. Ils veulent que nous fassions des photos. Il semblerait que nous soyons l’attraction.

Plus tard, Philippe nous fait l’honneur de nous présenter à sa maman. Nous passons quelques minutes en sa compagnie. Ne comprenant pas bien le français, elle répète continuellement « Merci » d’être venus la voir. Mais, au fond, n’est-ce-pas à nous qu’elle fait un cadeau en nous ouvrant sa porte ? J’ai le sentiment qu’ici, nous vivons dans un monde ou l’ordre des choses est inversé.

Le temps de s’arrêter pour un repas non loin et nous filons à Possotomé, au bord du Lac Ahémé, pour un week-end de détente bien mérité. Nous traversons à vive allure des terres rouges où le monde est partout, tout le temps. Nous logeons à l’hôtel « Chez Théo » à environ 2 heures de route de Cotonou. Entouré de palmiers, cocotiers, bambous et bungalows en Teck, sur pilotis, cet endroit est paradisiaque.

A notre arrivée, le bruit incessant de la ville a disparu. Le silence est là, lourd, pesant, je me sens perdue un moment. L’hôtel met à disposition une piscine. Il ne nous aura pas fallu longtemps pour y piquer une tête, un vrai bonheur. Dieu que cette fraîcheur fait du bien !

Faire santé avec un verre de jus d’ananas pur sonne les vacances. Jusqu’à dimanche, nous allons profiter de cet endroit avant de repartir à Cotonou. Philippe partage avec nous ces moments. C’est pour lui aussi des vacances mais surtout un grand changement au regard de son quotidien. Après ce que nous avons vécu jusqu’à présent, nous ne pouvons que réaliser la chance que nous avons de pouvoir être là.

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Ci-dessous : Possotomé 

LU 14 janvier - Les extrémités des soins

Nous changeons les équipes. Pour aujourd’hui, je suis affectée au SAMU. Jean-Marie et Séverine sont attendus chez les pompiers.

Je ne sais pas trop à quoi m’attendre, j’ai l’estomac un peu noué. Dr Tsamo est notre contact sur place. On me dit : « Quand tu arrives, tu cherches Clarisse, la nettoyeuse, tu verras elle est adorable. » Je ris, crispée. Fort heureusement pour moi, lorsque nous arrivons, elle est là et vient saluer Jean-Marie.

Le Dr Tsamo est dans son bureau. Il m’accueille avec un grand sourire, chaleureusement. Nous passons la matinée à discuter, faire connaissance. Il me fait comprendre que le SAMU et l’hôpital ne font pas partie de la même direction, donc je dois rester avec eux. Il est un service à part entière et payant pour les gens du peuple. Raison pour laquelle les pompiers sont le plus souvent alarmés au vu de la gratuité de leurs interventions. C’est pourquoi ils sortent moins mais généralement pour des situations graves, qu’il faut médicaliser.

Le CNHU (Centre National Hospitalier Universitaire) de Cotonou est le plus grand hôpital du Bénin. Pour ceux qui connaissent Lausanne, imaginez un CHUV sur un étage, mais moins grand. On y trouve tous les services : Des urgences au service de réanimation, soins intensifs, grands brûlés, à la pédiatrie en passant par la néonatologie, cardiologie, gastrologie, urologie, dermatologie, etc… Seulement, les salles d’attentes se situent dans les couloirs et dehors. Ils disposent de moins de lits, donc vous contournez les brancards des patients, gisant parfois par terre sur un brancard, dans une chaleur étouffante. L’Hôpital a les moyens qu’on lui donne, mais l’énorme différence, et non des moindres, avec chez nous, est leur système de soins. Comme je l’ai mentionné dans la chronique de vendredi, si tu n’as pas d’argent, tu restes dehors.

Il est aux environs de 10h lorsque nous recevons une première alarme pour aller chercher une dame âgée à domicile et la ramener à l’hôpital suite à une fatigue intense et des fourmillements dans les membres supérieurs et inférieurs droits. Nous arrivons dans une propriété. Le cadre est donné, cette famille est aisée. Nous devons amener la patiente à l’Hôpital des Armées de Cotonou. Pour y entrer, il nous faut une autorisation. Le médecin sur place est contacté, on peut y aller. La patiente est incapable de se lever, allongée sur le dos sur son lit. Elle pèse 140kg !

Comment va-t-elle rentrer dans une ambulance où l’on se tient accroupie, sur un brancard en fer, ne faisant pas sa moitié de largeur, disposant que des quatre roulettes en guise de pied qui ne se déploient pas. Rajoutez à cela, cinq personnes, soit quatre du SAMU et une de la famille. C’est tout bonnement épique ! Je fais un métier de proximité, il n’y a pas à dire.

Arrivée à l’hôpital des Armées, pas de place, elle ira en chambre commune. La famille se fâche. Quinze minutes plus tard, le médecin a été contacté, ils la changent de chambre. Une place s’est libérée. Elle sera en privé et disposera du confort qui va avec. Pour le coup, je ne me sens pas dépaysée, en Suisse, c’est identique.

On a juste le temps de manger que deux alarmes sonnent coup sur coup. Par manque de personnel, les équipes se scindent. L’infirmière urgentiste avec un chauffeur BLS-AED fait un transfert pour un patient atteinte d’une cardiopathie. Moi, je fais équipe avec Dr. Tsamo et notre chauffeur BLS-AED Charles. Comme une troisième équipe est déjà en route, nous devons rapidement équiper une ambulance, sortie tout droit de la réserve…

« Ce matin, à la sortie des classes, un accident. Un pneu a éclaté, une voiture a perdu le contrôle. Deux enfants sont fauchés. L’un décède, l’autre est amené dans une clinique à 10km. Il doit rapidement être transféré au CNHU, au service de réanimation. »

Au rapport, l’enfant a un traumatisme crânien-cérébral sévère, une fracture ouverte de l’humérus droite et une suspicion pneumo/hémothorax au vu de l’absence de bruit ventilatoire à droite. Nous ne traînons pas. Il lui faut rapidement subir des scanners et doit être opéré de toute urgence.

Le transfert se fait avec les moyens d’immobilisation du bord. Un matelas vacuum cassé, un carton en guise d’attelle et pas de minerve pédiatrique. C’est la réalité du Bénin. L’enfant péjore progressivement son état en route, il s’agite, reçoit des calments mais sans grande plus-value.

A destination, après 30 minutes, aller/retour et prise en charge comprise, nous sommes stoppés net aux portes du CNHU. Je dois rester avec l’enfant. Le médecin veut transmettre le rapport à ses confrères. De retour après 5 minutes, « Pas de place, ils ne veulent pas de l’enfant ». Les négociations commencent, Dr Tsamo est au bout de sa patience, il ne sait qu’aucun autre hôpital ne pourra l’accueillir, alors il ne lâche pas. Les portes arrière du véhicule ouvertes, cinq-six médecins parlent, s’énervent. Après 45 minutes de discussion, nous pouvons aller au scanner du CNHU, ils nous attendent. Enfin !

Arrivés au scanner, nous ouvrons les portes…personne...machines éteintes…nous n’allons pas pouvoir tenir l’enfant encore des heures ainsi. Il est à la limite de devoir être intubé…

Cette dernière intervention a duré 1 heure 30 depuis notre arrivée au CNHU jusqu’au service de réanimation dans le même bâtiment. La journée se termine ainsi, sous une chaleur cuisante, lourde, humide. Je reprends cela plus tard avec mes amis, un rituel qui s’est mis en place après chaque journée de stage. « Notre débriefing avec une bonne bière béninoise ». Eux aussi ont eu des interventions de type traumatique dont une fracture ouverte du tibia et un talon scalpé. Eux aussi ont eu affaire au système de soins cotonois « Deux compresses pour refaire un pansement compressif, ça s’achète avant ».

J’ai découvert les deux extrêmes aujourd’hui. Quand tu as de l’argent et quand tu n’en as pas. C’est la réalité du Bénin. Tout le monde fait comme il peut avec ce qu’il peut, parce que le problème est étatique et ici, ce n’est pas le peuple qui décide.

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MA 15 janvier - Une journée blanche

Inversion des équipes pour aujourd’hui. Je vais aux pompiers avec Jean-Marie. Séverine va au SAMU avec Myriam, la conjointe de Jean-Marie. Elle a partagé toute l’aventure avec nous, mais plus en mode coulisse. Cette fois, elle va sur le terrain pour sa toute première fois.

En caserne, nous continuons la présentation au tableau blanc que Jean-Marie et Séverine avaient débutée hier en vue du prochain cours de formation. Les pompiers ont un forum sur lequel ils envoient des documents de formation, entre autres. Ainsi, ils auront un tableau complet, qu’ils pourront revoir le cas échéant pour leurs entraînements.

Durant tout le reste de la journée, hormis quelques moments de discussion avec Ferdinand, Bako et Frédéric, l’ambiance est calme. Le matin, quelques gouttes de pluie sont tombées, rendant l’air lourd et humide et la chaleur étouffante. Comme les pompiers font vingt-quatre heures de garde, lorsqu’il n’y a pas d’intervention, ils s’en profitent pour se reposer.

Dans notre jargon, on appelle cela : « une journée blanche ». Le temps passe lentement. On vaque à nos occupations, les heures passent ainsi.

Nous partons retrouver les filles au SAMU, aux environs de 16 heures. Hormis un transfert d’un patient stable, leur journée a tout aussi été calme. Elles ont cependant eu beaucoup de plaisir dans leur pièce climatisée et les échanges avec le Dr Tsamo ont été fort intéressants. C’est un super médecin. Dynamique, motivé et humble. Il a profité aussi de leurs expériences pour mieux connaître la Suisse.

Notre dernière journée de stage se termine ainsi. Nous avons vécu des moments inoubliables, intenses, extraordinaires, drôles. C’est un vrai bonheur que d’avoir pu les passer en compagnie de nos camarades soldats-pompiers-secouristes et SAMU.

Fort heureusement, il n’est pas encore l’heure des au revoirs. Demain, il est prévu que nous retournions deux heures à la Caserne St-Jean, pour donner le cours BLS-AED à l’équipe qui ne l’a pas encore reçu. Nous nous réjouissons tous.

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ME 16 janvier - Le bon moment, c'est l'instant présent

En caserne, nous sommes accueillis par notre ami sergent-chef, Frédéric. Avant de commencer le cours, nous avons l’occasion de rencontrer son acolyte, le sergent-chef de la deuxième caserne d’Akpakpa, à Cotonou. Lorsqu’il apprend que c’est notre dernier jour à Saint-Jean, il tente sa chance et nous demande de réitérer notre cours chez eux, à la suite de celui-là. Notre réponse positive va de soi et nous modifions avec joie notre programme pour eux. J’adore cette spontanéité et cet opportunisme à l’africaine !

Lorsque je suis venue au Bénin, je n’avais rien emporté de particulier à offrir car je n’avais pas idée des besoins sur place. Amener des pacotilles n’a pas d’intérêt à mes yeux. En partageant tout ce temps avec mes camarades, j’ai réalisé certains de leurs besoins. Il va de soi que je ne peux y répondre, mais les quitter ainsi m’est inconcevable. J’ai trop reçu pour ne rien leur laisser. C’est pourquoi, hier soir avec Séverine, nous nous sommes concertées. Durant ce séjour, nous avons appris à les connaître, nous savons ce qui leur fera plaisir.

A Saint-Jean, nous n’avons pas eu le temps de côtoyer tous les membres de l’équipe durant nos stages. Ils sont tout de même cinquante-huit. Dans la garde montante d’aujourd’hui, il y a entre autres, Bani, Serge, Bandele et Rodrigues. L’ambiance est joyeuse, on rigole, on sent l’euphorie du dernier contact à venir. Mais le sérieux et le professionnalisme sont toujours de rigueur pendant le cours.

Bako et Ferdinand sont présents mais sont de la garde descendante. Nous devons être discrètes avec nos présents car nous ne voulons créer aucune jalousie. Les sourires sur leurs visages en disent long, ils sont touchés. Les embrassades sont chaleureuses. Le cliché pour immortaliser l’instant est dans la « boîte ». Voilà déjà deux de nos amis qui prennent la route.

La classe s’installe. Une couverture par terre, deux bancs en bois, papiers, crayons et le mannequin d’exercice. C’est rudimentaire, mais largement suffisant. Une fois de plus, je suis surprise par leur investissement, leur curiosité et leur attention. Ils connaissent très bien les gestes de premiers secours élémentaires et ont des connaissances en médecine que je n’aurais soupçonnées.

A Cotonou, les douleurs rétrosternales et l’infarctus ne sont pas des maladies très répandues. Les facteurs à risque des maladies cardiovasculaires sont quasi absents. Les gens ne fument pas, sont très actifs, mangent généralement sainement. La nourriture coûte cher à Cotonou. Les aliments de la terre sont privilégiés car nombreux et utilisés à bon escient.

La formation se passe très bien. Cet instant d’échange intercontinental avec nos partenaires « feux bleus » cotonois est un véritable plaisir.

En route, Frédéric nous informe que nous passons à la caserne Danktopa avant d’aller à Akpakpa. C’est la troisième caserne des pompiers qui se trouve au centre même du plus grand marché du Bénin, à Cotonou, au bord des rives de la Lagune. Ils interviennent sur trois secteurs : secouristes fluviaux, secouristes sur terre et sapeurs-pompiers. Ils sont en quelque sorte les « Secours du Lac » de chez nous.

Cette centrale existe depuis 2001. A cette époque, une embarcation trop chargée a chaviré et plusieurs dizaines de personne sont décédées. A Cotonou, le bateau est un transport public très peu onéreux (50 CFA) en comparaison du taxi-mobylette (600 CFA). Il est donc très prisé, même si la durée du voyage s’avère quatre fois plus longue. A la suite de cet accident, l’état a décidé de faire construire cette caserne pour éviter un nouveau drame. Des dizaines d’embarcations vont et viennent durant toute la journée. Elles sont contrôlées, numérotées et leur taux de charge vérifié. Ainsi, grâce au travail quotidien des pompiers, plus aucun accident ne s’est produit depuis.

Nous avons partagé une bière béninoise, après avoir pu monter au sommet de la caserne et découvrir la vue imprenable sur le marché. Devant nous s’étend à perte de vue un champ de toits tôlés, des artères parsemées de couleurs vives, des paniers de farines diverses et de pyramides alimentaires empilées à la perfection. Les Béninois passent, marchandent, crient, rient...  Il n’y a aucun doute, je suis devant le cœur du Bénin.

Direction la caserne d’Akpakpa. La chaleur est intense. La traversée du marché est extraordinaire. Le VSAV passe au milieu de la population en klaxonnant, tentant de se frayer un chemin sur des routes de terre, creusées par ce flux incessant. La foule s’écarte et se referme tantôt, balayant le sillon de notre passage.

A notre arrivée, nous sommes attendus par le chef de caserne. Nous n’avons pas eu l’occasion de travailler avec ses éléments, mais à l’image de la caserne Saint-Jean, leur bonne humeur et leur motivation est identique.

Alors que nous n’étions venues que pour deux heures ce matin, nous terminons cette journée à seize heures. La fatigue, la chaleur, l’humidité, c’est épuisant. Mais la satisfaction du travail accompli n’a pas son égal. Le sergent-chef nous offre un verre au Foyer des sapeurs où nous avons le plaisir de rencontrer des membres de leurs familles dont une petite fille de six mois, juste adorable. Séverine est aux anges et moi aussi.

De retour à Saint-Jean, l’heure des au revoir a sonné. Nos présents offerts discrètement, des « checks », des embrassades, l’émotion est véritable pour tous. Nous n’avons pas envie de partir…

En fin de journée, nous profitons pour la première fois d’aller prendre l’air de l’océan et goûter à la noix de coco cotonoise. La soirée se finira chez Kader. Il est chauffeur BLS-AED au SAMU. Jean-Marie et Myriam sont restés en contact avec lui depuis leur dernier voyage. Il est excentrique et généreux. Les mets cotonois, concoctés par sa cousine Ofélia et sa petite sœur, sont somptueux et goûteux.

De retour à l’hôtel, chacun se met dans sa bulle. Nous réalisons que la fin du voyage est proche, nos amis nous manquent déjà. Difficile d’imaginer quitter ce pays où tant de prise de conscience ont été vécues, où la richesse est ailleurs, où l’abondance est dans les cœurs.

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JE 17 janvier - La richesse d'un pays, c'est son histoire

Journée touristique en vue. Ouidah, première capitale du royaume de Dahomey, cité du vaudouisme et des rituels, mais pas seulement. Ses racines ont vu couler le sang du peuple noir et des souffrances dramatiques de l’esclavagisme.

Notre première étape s’arrête à « La maison du Python ». C’est un animal sacré ici. Il est intégré à divers rituels. Par exemple, une fois par mois, les serpents sont lâchés dans le village pour permettre aux habitants de faire des vœux lorsqu’ils en rencontrent un. L’histoire dit qu’ils rentrent eux-mêmes dans leur « sanctuaire » le soir même… Je n’adhère pas à leur foi mais constate qu’un besoin universel nous lie tous, celui de la recherche de la « vérité ».

Notre deuxième étape sera la « Marche des esclaves ». Un guide nous attend et nous fait découvrir en six étapes, l’histoire dramatique du marché de l’esclavagisme du peuple noir.

 

La place Chacha – Lieu où les esclaves étaient sélectionnés, vendus et marqués au fer rouge.

L’arbre de l’oubli – Homme et Femme devaient tourner autour neuf ou sept fois afin d’oublier leurs racines et devenir ainsi dociles. A l’époque, on pensait que l’homme avait neuf côtes et la femme sept.

Le dernier village de Zoungbodji (à l’époque une forêt) – lieu où l’on affamait les esclaves permettant ainsi de trier les plus forts.

Le cimetière dans le village de Zoungbodji – Fosse commune des fatigués, malades et morts

L’arbre du retour – Retour spirituel des âmes des défunts, morts sur le trajet ou sur la place.

La porte du non-retour – Elle trône sur la plage, face à l’océan. Epuisés au passage de cette porte, les esclaves n’avaient plus la capacité de revenir. Elle symbolise le départ sur une terre inconnue dont l’avenir est incertain.

 

Les esclaves traversaient cette porte jusqu’à la mer et embarquaient dans des cargos, entassés en tailleurs, mains et pieds attachés et pour les plus rebelles, bâillonnés par un mors en fer. Des statues entourent cette porte gigantesque. Le guide parle de rituels hebdomadaires et d’esprits à ne pas toucher si nous les voyons. Je laisse ces choses en ce lieu-dit et continue ma route…

Je marche sur la plage en direction de l’océan, je suis émue, je garde le silence. Des restes de la fête nationale du vaudou, faite au 1er août, gisent dans le sable. Ce chemin qui jadis a senti les pieds déchirés des esclaves noirs, les chutes de ces corps épuisés et lacérés par les coups. La plage est déserte, le vent souffle fort. en arrivant à l’extrémité, là où l’eau et la terre se séparent, la pente est drue. Au large, aucun bateau mais la mémoire de ces lieux restera à tout jamais ancrée dans l’histoire de Ouidah.

En faisant ce chemin, nous pénétrons dans une réalité qui dépasse tout entendement. Lorsque nous passons sur ces terres de sable rouge, au milieu de baraquements spartiates, l’on ne peut que s’émouvoir du paysage. Les autochtones vivent ici, simplement, au milieu de ce qui a été jadis, le plus meurtrier des chemins pour leur peuple.

Durant la troisième et dernière étape de cette journée, nous découvrons la culture africaine à la Fondation Zinsous à Ouidah. La bâtisse est très belle. Plusieurs expositions d’art contemporain de Pauline Guerrier sont présentées. Cette femme est passionnée par le peuple africain. Certaines de ses œuvres me touchent plus que d’autres, telle que la série « Les Femmes de l’Eau » où l’artiste a assemblé des pots de terre cuite confectionnés par les femmes africaines, reflétant ainsi la beauté de leurs courbes.

La richesse de l’Afrique et sa culture mériteraient d’être mises en avant, bien plus souvent.

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VE 18 janvier - Il faut partir

Ça y est, le jour du départ est arrivé. Nous allons avoir l’honneur de rencontrer la famille de Philippe et d’aller au marché local afin de remplir notre hotte à souvenirs. Nos proches nous manquent mais notre esprit conteste, refusant de se soumettre à l’évidence d’un retour prochain.

Hier soir, Frédéric nous a écrit. Il souhaite que nous passions une dernière fois à la caserne des pompiers. Le commandant désire nous remettre un présent. Ce n’était pas prévu. Nous sommes tous impatients.

À notre arrivée, les équipes montante/descendante s’inversent, il y a du monde. Les sourires se lisent sur les visages. Se revoir n’était pas prévu. Le commandant est là et pour nous remercier de notre investissement auprès de ses troupes et de leurs avoir donné l’occasion d’être formés au BLS-AED, il nous offre une médaille honorifique.

Incroyable !! L’ambiance est festive, nous avons droit à la photo officielle, il faut garder son sérieux. L’émotion est au rendez-vous, nous sommes touchés de leur geste. Rires, accolades, photos, tout y passe !

Conscients de l’approche inéluctable du départ, nous sentons l’émotion nous monter aux yeux.

Il est temps, nous devons nous quitter.

Philippe a la joie de nous recevoir dans sa maison. Nous sommes accueillis à bras ouverts par sa famille et passons un très charmant moment. Nous avons droit à un repas délicieux. Comme toujours, il assure.

Dieu que la richesse de ce séjour n’a pas de prix. Nous avons vécu des moments inoubliables, forts, bouleversants. Face à toutes ces « babioles », dépenser mon argent au marché me semble inutile. Une idée me vient alors… Je me cantonne donc à quelques achats pour mes proches, préférant réserver mon argent pour une cause plus « noble ».

De retour à l’hôtel, il va sans dire qu’une dernière béninoise s’impose !!! On rit, change, danse. On veut rester dans cette atmosphère africaine pour les quelques heures qu’il nous reste.

L’avion gronde, les moteurs tournent. Nous avons dit au revoir à ce continent, à notre ami Philippe. Nos larmes se mettent à couler. Avec Séverine, les mots sont inutiles, nos regards se croisent, nous nous comprenons. Devant nous, Jean-Marie et Myriam ont déjà vécu cela mais n’en restent pas moins touchés. En vol, le calme s’impose comme « une minute de silence ».

Il fait nuit. Chacun de nous revit de son côté ses moments passés, chérissant l’espoir d’un retour possible.

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SA 19 janvier - Il y a un avant et un après...

Il est aux environs de midi.

Cette luminosité, cette neige, ce froid, ces montagnes. Il n’y a pas de doute, je suis chez moi.

Dans la maisonnée, le silence trône, je suis seule. Les rayons du soleil transpercent la pièce. Un faisceau traverse le salon de part en part. Sa chaleur me fait du bien. Je m’assieds au sol, ici même où il passe et je ferme les yeux.

J’ai un toit pour m’abriter, de la chaleur pour me réchauffer, de l’eau à profusion, de la nourriture à satiété L’ensemble de mes besoins vitaux sont satisfaits chaque jour. Je distingue avec clairvoyance la valeur de ces trésors que je possède depuis ma naissance. Le choc des cultures retentit à nouveau…mes larmes coulent.

Mes amis Béninois me manquent, je pense à eux, à leur situation. Ma famille me manque aussi et pourtant, je suis heureuse d’être seule pour cet instant T. Ressentir l’émotion du moment présent et réaliser la chance d’avoir pu vivre un voyage comme celui-là. Parfois, les trésors que l’on rapporte ne sont pas ceux que l’on pense. Certains se faufilent dans vos bagages pour ressortir sans prévenir, vous offrant une dimension du monde que vous ne connaissiez pas.

 

Quelques semaines plus tard…

Mon quotidien a repris, à l’identique. C’est aussi cela la beauté de la vie, elle ne cesse d’avancer. Mais mon regard sur le monde est changé. « L’innocence » qui pouvait encore subsister a disparu, laissant place à la « reconnaissance ».

 

Un énorme merci …

À Jean-Marie et Myriam de Bluefires de m’avoir permis de vivre cette expérience.

À Danielle qui nous a suivis et encouragés dans ce chemin. Elle qui porte l’Afrique dans son cœur.

À ma yovo préférée, Séverine, pour avoir partagé avec moi matin, midi, soir et nuit, cette aventure.

À Philippe sans qui la sérénité de ce voyage n’aurait pu exister. Merci d’avoir veillé sur nous comme tu l’as fait.

 

À tous nos amis Béninois secouristes, chez qui le trésor est avant tout dans leur générosité de cœur.

Au Dr. Tsamo du SAMU pour avoir partagé autant durant nos journées au service.

A Olivier Chapuis, écrivain romand et correcteur de manuscrit pour son oeil aiguisé dans la relecture.

 

À bientôt mes amis.

 

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Découvrez en 5 minutes, les quelques images les plus fortes de cette magnifique épopée !

Vidéo by Séverine