28. août, 2021

« Dans les abysses de la perversité »

Des disparitions inexpliquées d’adolescentes dans le petit village de Saint-Blaise, le commissaire Rouiller à l’aube de sa retraite, le meurtre d’un éminent professeur d’histoire, résistant de la seconde guerre mondiale, deux hommes emprisonnés, en proie à un esprit malade, et une rivière de sang comme héritage familial. Voilà la recette de fonds mijotée dans le chaudron de l’Ogre du Salève.

Alors que les ingrédients bouillent à petit feu, les arômes de se roman se révèlent à vous, et la noirceur des émanations annonce l’éruption à venir. Remontant alors des abîmes de l’âme humaine, l’abomination jaillit au grand jour, la perversité monstrueuse dont seul l’Homme est capable. Le cannibalisme narcisso-sexuel.

[…] Une lame scintillait dans les flammes du feu de bois que l’ogre venait de préparer. Une lueur folle brillait dans ses yeux. La jeune fille, et en particulier sa chair, lui permettrait de conserver sa jeunesse et son intelligence, comme les autres avant elle. Elle lui permettrait aussi de ne plus être seul, plus jamais. Elle l’habiterait, lui tout entier, et sa jeunesse sauvage aurait le goût doux du printemps. […] - p.36

Voilà un des polars des plus noirs que j’aie lus, le premier sur trois, de l’auteure genevoise Olivia Gerig. Le récit, construit selon plusieurs procédés littéraires, est raconté par un narrateur omniscient mais extérieur à l’histoire, ce qui la rend plus « haletante ». Le lecteur est imprégné des ambiances grâce à l’alternance régulière et juste de la vie des protagonistes. Des digressions parcimonieuses cassent le rythme, de manière positive, pour que la narration colle au plus proche « du mal ».

Généralement peu adepte des récits noirs et machiavéliques, j’ai découvert avec plaisir et pour la première fois la plume d’Olivia Gerig. Le séant scotché face à l’horreur ou l’impatience de voir la justice faire son œuvre, je ne saurais dire lequel des deux a été le plus insoutenable pour moi. Cependant, la balance du bien et du mal en parfait équilibre a su me tenir en haleine jusqu’au dénouement. L’art d’écrire une bonne intrigue n’est pas donné à tout le monde, mais pour le coup, voilà un polar sacrément « bien torché », qui ne vous laissera pas sans réflexion.

11. juin, 2021

« Réalité ou cauchemar !!? »

Et si, du jour au lendemain, vous vous retrouviez avec un autre visage ? Une voix différente ? Seul votre corps semble encore ressembler à ce que vous connaissiez. Que feriez-vous ? Y avez-vous déjà songé ? 

Dans son premier roman, Marc Ciale nous livre l’histoire abracadabrante d’un homme publicitaire brillant et Newyorkais, Marc Lewis. Ce matin-là, attendu comme le messie au travail, pour faire la présentation d’un concept publicitaire à l’un de ses plus gros clients, voilà qu’il reste endormi ! Très en retard, il est pris de panique, saute dans ses habits, ne perd pas de temps à comprendre pourquoi la lumière de sa salle de bain ne s’allume plus, se passe un coup de peigne dans le noir et fonce au pas de course à son travail.

[…] J’ai pris l’initiative d’entrer sans frapper […] Une quinzaine de personnes se sont retournées simultanément dans ma direction dans un silence glacial. [..]

– Je suis sincèrement désolé d’être en retard ! J’ai interrompu net mes excuses.

Quelque chose clochait dans le son de ma propre voix. Elle était complétement transformée. […]

Les regards qui convergeaient vers moi n’étaient pas ceux que je croisais chaque jour. Comme si j’étais un parfait inconnu, armée d’un fusil, prêt à me faire justice devant cette assemblée. […]

Je restais comme paralysé, debout sans rien dire, jusqu’à ce que mon chef se lève lentement en réajustant ses lunettes sur son nez.

- Excusez-moi, nous sommes en pleine séance, pouvez-vous me dire qui vous êtes et surtout qui vous a laissé entrer ici ? […]

- Bon sang, je suis Matt Lewis, cela fait bien cinq ans que l’on travaille tous ensemble. […]

Dès les premières pages du roman, l’auteur nous capte avec cette intrigue insolite. A peine le décor planté que l’action commence. La justice s’en mêle, ses proches le croient kidnappé et bien entendu, s’il tente de contacter quelqu’un, il sera repéré et personne ne le croira avec… ce visage et cette voix ! Alors que faire, fuir ? Se cacher ? Dire la vérité ? Est-ce-que son amie la plus proche, Alison, pourra le croire même au travers de cette nouvelle identité ? D’autres personnes ont-elles déjà vécu les mêmes transformations ? Un cauchemar qui ne fait que commencer…

L’histoire étant écrite dans un langage familier, elle offre plus de réalisme au lecteur et l’entraîne, de manière inconsciente, à se plonger dans l’histoire au point d’en oublier ses alentours. Alors si vous avez envie de découvrir les premiers pas d’un nouvel auteur, n’hésitez pas. Maintenant que les terrasses sont enfin ouvertes et que la chaleur estivale s’annonce au portillon, larver quelques heures devant une histoire intrigante et abracadabrante vous permettra de dérailler quelques instants de votre quotidien.

L’auteur

Marc Ciale est né en 1962. Il est originaires de Suisse. Il est conducteur de trains et traverse nos belles régions moultes fois durant l’année. Il a écrit ce premier roman en 2020, qu’il a auto-édité chez Librinova. Vous en découvrir plus à son sujet via le site des nouveaux auteurs : https://api.lesnouveauxauteurs.com/livre/6107/martial-rufener/visage-perdu .

Si vous souhaitez commander le roman, vous pouvez le faire via :  marc.ciale@gmail.com  ou la page FaceBook du livre https://www.facebook.com/Marc-Ciale-104339804623668/

Son roman est aussi en format e-book. Vous pouvez le trouverez ici --> https://www.kobo.com/ch/fr/ebook/visage-perdu-2 , ou dans la majorité des grandes plateformes de livre numérique.

 

18. nov., 2020

"Exhilarant, rafraichissant, fédérateur !"

Et si, pour les fêtes de Noël, vous rupiez des vaudoiseries en mots plutôt que des viennoiseries en lot.

Imaginez-vous dans votre cahute bien douillette, pedzant au coin du feu, à deux doigts de vous cailler dans votre sofa préféré, le ventre bien au chaud. Encore rogneux de l’emberlificotée que vous avez eu avec l’autre bobet du coin, vous peinez à piquer un roupillon. Du coin de l’œil, vous reluquez un ouvrage aguillé sur la pile de bouquins du tablard d’à côté. Vous l’attrapez de vos paluches sans tout faire déguiller et lisez « Vaudoiseries » Des mots en scène par Yves Schaefer. Vous vous souvenez que c’est un cadeau du joli butin que vous avez tchuffé l’autre soir.

Vous hésitez à reprendre votre clopet lorsque vous zieutez la couverture illustrant dans un paysage bien de chez nous, deux personnages de BD, dont l’un s’exclame : « Ça va roiller ! » Et là, sans n’y comprendre que pouic, l’écho de votre enfance raisonne aux souvenirs qui reviennent, et vous riguenatsez sans pouvoir vous arrêter. Epouairant le chat qui ne manque pas de s’ensauver, vous voilà à nouveau rapicolé. « Bon et la suite, ça donne quoi ?? ». En découvrant les pages suivantes, vous vous dîtes : « Crénom, il s’est sacrément bien dépatoillé cet Yves, il est bonnard c’bouquin ! Y’a même des lieux bien de chez nous. Vous voilà reparti de bonne pour toute la journée, en vous disant qu’il va falloir redzipéter cette découverte !

Yves Schaefer, graphiste et auteur vaudois, a illustré d’une manière ludique et originale, des expressions parfois oubliées de notre patois vaudois en les associant à des lieux et édifices de nos belles régions. Grâce à son style, il ouvre ce patrimoine immatériel à tous les âges. Ses illustrations amusantes et dotées d’un graphisme de bande dessinée ne laisseront personne indifférent et sauront égayer vos journées et offrir sans nul doute des occasions de rires et de partages pour ces périodes de fêtes qui approchent.

Découvrez les coulisses de cet oeuvre, en cliquant sur le lien ci-dessous 

https://www.facebook.com/watch/?v=613777786041012

 

 

6. sept., 2020

 

Sorite en octobre 2020 - BSN Press

« Le temps file et s’effile au goût de l’amertume »

Les esprits de nos auteurs helvétiques m’étonnent toujours. Qui à l’audace d’écrire un roman dans lequel la notoriété bienséante de Roger Federer et remise en question. Ce tennisman, adulé par la majorité des Helvètes, doué d’un talent qui n’est plus à démontrer, reflétant l’humilité, la simplicité et l’intégrité à chaque passage dans les médias, pourrait être, comme le dit l’auteur, invité à un jeu de massacre.

Dans son nouveau roman, Olivier Chapuis met en scène un auteur anonyme, en manque d’inspiration, qui, par jalousie ? Orgueil ? Semble exaspéré par la vie si « parfaite » de Roger Federer (RF). Ne comprenant pas d’où vient ce sentiment, il décide de l’analyser et demande conseil à un coach littéraire, Beat Kaufmann (BF).

« RF m’exaspère et je ne comprends pas pourquoi » […] « Ecris ! si tu as quelque chose sur le cœur, l’estomac ou la conscience, écris ! Si tu te sens mal, ou trop bien, écris ! Plutôt que de vomir ou de pourrir, plutôt que de cracher aux yeux des gens ou de retenir la boue qui déborde, écris ! écris ! ». – p. 4-5

Personnifiant son vécu, ses émotions, ses ressentis et ses idées les plus noires, l’auteur anonyme écrit ainsi son « texte », choisissant comme protagoniste principal, Axel Chang, « l’homme parfait ». Père de famille dévoué, mari aimant-aimé, employé modèle à qui la vie sourit, voit soudainement sa femme, durant le tournoi de Wimbledon, en ce 4 juillet 2003, développer une passion pour cette incroyable RF. Quand l’omniprésence médiatique d’un individu détesté provoque une psychose, s’installe alors « l’inertie à la catastrophe ».

Frappées d’un français correct, on pourrait penser que deux histoires écrites en parallèles s’emberlificoteraient, mais que nenni ! Les procédés de digression et d’alternance sont très bien maîtrisés. Des répétitions sont voulues pour mettre l’accent dans les premières pages, et l’humour cocasse de l’auteur est saupoudré avec parcimonie. Cependant, Olivier Chapuis démontre avec clairvoyance la force destructrice des racines d’amertumes accouplées à la jalousie du présent. Engendrant haine, division, vengeance et autodestruction, le « statut de victime » s’installe. Naît alors une réalité divergente, disposant de ses propres lois…

 


L'auteur

Né au siècle passé, un dimanche de Pâques, Olivier Chapuis triture et malaxe les mots pour en extraire un jus qu’il espère goûteux. Le désir d’écrire, il l’éprouve enfant déjà, lorsqu’il se met à écrire d’absurdes histoires de planètes inconnues peuplées d’êtres hybrides forcément hargneux. Plus tard, il se contente de la terre et de ses habitants, souvent hybrides et parfois hargneux, mais source intarissable d’inspiration.

Contacter l'auteur via : Blogs des auteurs

 

 

9. juin, 2020

"Une athmosphère étrange recèle de cette terre... "

L’expérience vécue en Australie semble apporter à l’auteure une plus forte maturité dans ses mots, ses réflexions, son regard, ses gestes, ses préparatifs. Pour notre plus grand bonheur, son style littéraire égal à lui-même et sa sensibilité nous permettent toujours de palper l’impalpable.

Ce nouveau voyage stratifie le précédent, comme un cheminement plus complet, plus réflexif, innovant dans la logistique et les préparatifs. Le dos de Sarah s’allégera, ses pieds quitteront le sol pour quelques jours, son chien D’Joe n’ayant pu l’accompagner aura, pour un temps fugace, été remplacé par un camélidé au caractère bien trempé. Des moments pittoresques vous feront « pouffer » de rire et apporteront légèreté et « fun » pour le plus grand plaisir de son frère, fidèle pilier en coulisses.

A l’instar des anciens récits de voyageur, quelques images trônent au centre du livre, mémoire flash de moments vécus. Dans cette édition, l’aménagement intérieur est plus artistique, ce qui n’est pas pour me déplaire. Une teinte ponctuelle, délicate, sensible et originale soutient le texte grâce aux illustrations en noir et blanc de Janis Lachat. S’alliant au sens descriptif aiguisé de l’auteure, elles offrent aux lecteurs une substance essentielle : la transposition du passé au présent.

« La nuit, elles veillent sur moi

Dans le désert d’Atacama…

La tête entre mes mains, le corps bien au chaud dans mon sac de couchage, je suis enfin inactive, hors du mouvement. Le mental contemple, le corps reste, mes paupières ferment le rideau prématurément. Soudain, le froid me réveille […], je frisonne et pourtant le spectacle sous mes yeux me laisse encore une fois bouche bée. […]

Le sol est éclairé, je pourrais sans autre lire. La luminosité se dresse dans un argenté-grisonnant, mon oreille cherche sans trouver…. Le silence enfin, un silence intégral comme on a rarement l’occasion d’en vivre. Je m’abstiens de respirer et écoute avec mon corps, avec mes sens, mais aucune information ne m’est transmise ; il n’y a que le battement de mon cœur qui me rappelle sa présence, mes tempes semblent vouloir jouer du tambour.

La solitude me semble si douce et rassurante. Je ne suis pas seule, la voûte céleste me regarde de ses milles yeux, elle me fait penser à l’envergure de cette vie, de l’univers, mais en même temps, comme une enfant, je tends la main pour pouvoir toucher l’étoile qui semble la plus proche. Je ne sens rien de palpable, mes doigts cherchent sans succès, les étoiles sont lointaines, inaccessibles et pourtant, elles me regardent et me gardent. La quantité de points lumineux donne cet effet de luminosité, mais le plus inconcevable est cette traînée de poudre lumineuse qui a été déposée là, tel un chemin à suivre par un génie de « La Haut ». Mon cœur imagine au bout de ce parterre d’étoiles la porte d’un autre monde.

Les étoiles naissent sur ma gauche et se reposent sur ma droite, elles me semblent jaillir du sol. Je suis sur la moitié terre, mais je rêve d’un jour découvrir la maison des étoiles.

Le froid se fait plus mordant, je referme ma tente, m’enfonce un bonnet sur la tête et me replonge dans un sommeil profond, calée entre mon sac à dos et mes réservoirs. » - p. 148 à 150 

Bien d’autres moments comme celui-ci sont délectables dans son livre, mais le voyage de l’auteure n’est pas de tout repos. Elle y découvre les contrastes communautaires entre la Bolivie et la campagne péruvienne. Sous tension pendant deux mois, elle atteindra la Vallée Sacrée lors d’une étape libératrice qu’elle saura fêter d’un thé, comme à son habitude. A quelques jours de marche du Machu Picchu, elle demeure là, dans cette nature luxuriante, réalisant soudainement que son envie d’arriver est comme freinée par une force invisible …

 


L'auteure

Sarah Marquis est née le 20 juin 1972 à Delémont. Aventurière passionnée depuis son plus jeune âge, elle porte aujourd'hui le titre de National Geographic Explorer, vous pouvez suivre son parcours et l'ensemble de son oeuvre littéraire via www.sarahmarquis.ch.